Tentative synthétique première

Ouais, j’ai lu le chat aussi. Et le cadre. C’était plus dur de lire le chat.

Si des fois ça pouvait servir,

Et puis pour faire encore

Marcher un peu

Ma tête

Malgré tout.

Livres

  • Guy Delisle : Chroniques de jeunesse (Shampooing, 2021)
  • Antoine Mouton : Chômage Monstre (La Contre allée, 2020)
  • Noban : Il y a longtemps, et Un témoignage
  • Joseh Ponthus : À la ligne (La table ronde, 2019)

Autres livres

(Mais y’avait pas la place pour tout le monde)

  • Tom Hart : Hutch Owen travaille dur (La Comédie illustrée, 2000)
  • Bertolt Brecht : Le dépôt de pain (L’Arche, 1992 – je crois sur des fonds de tiroir plus ou moins inédits)
  • Émile Pouget : Le sabotage (NADA, 2021, d’après un texte de 1911)
  • Violences 11 (meilleur fanzine-revue de l’univers)

Bande-son

Et puis voilà c’est tout, allons-y sans attendre

Noban, j’ai découvert d’abord avec cet Il y a longtemps, livret tout simple et saisissant publié par les soins de Violences. J’en avais lu quelques passages, mais je n’avais pas réussi à le lire en entier, parce qu’il me ramenait à des réalités professionnelles éprouvées, douloureuses. Il est resté un bon moment tout seul dans un tiroir où je ne mets jamais aucun livre, en compagnie d’une brosse à dents neuve depuis 5 ans (combien de temps les brosses à dents sont-elles neuves?), d’un tube de colle et d’un copieux bordel. Je tombais régulièrement dessus, je feuilletais, je reposais, je voulais et je voulais pas le lire.

Noban écrit des textes à fleur, sans artifice, je pense sans vraiment de recherche de forme. Un témoignage( in Violences 11, qui vaudrait bien qu’on s’y attarde plus) commence par les mots « Il faut que je vous parle », l’autre (Il y a longtemps) par un dialogue on pourrait dire mécanique : une question formelle, la réponse qui suit, voilà voilà c’est cash.

Je trouve que ses textes font un bien fou à lire, notamment parce qu’ils n’essaient pas de tendre vers le général : ils conservent le caractère de témoignages, et donc on les reçoit dans une certaine subjectivité. Noban écrit la vie d’un type, on connaît pas ce type, c’est pas le but qu’on le connaisse, et je crois que c’est en partie pour ça que ce qu’il écrit est aussi percutant.

Ces derniers temps j’ai pas mal recherché dans les livres solutions à mes problèmes. Boh oui, chacun fait comme il peut. De fait, j’ai pas mal lu sur le travail. C’est compliqué de parler dans les arts (je sais, je dis les arts comme on dirait les internets) de réalités concrètes comme peuvent l’être celles du travail, en partie parce que ça semble devoir impliquer que le propos véhicule une pensée plus large. On n’entre pas dans le recueil-roman de Ponthus simplement pour savoir comment ça se goupille le dépeçage des crevettes, on voudrait trouver autre chose. On le trouve, on croit le trouver. On sort de là fier comme un travailleur. Oups, on n’a rien foutu.

Quand j’ai lu À la ligne et juste après la BD de Delisle, la différence de ton et de traitement m’ont déstabilisé : Ponthus vise assez juste, le bouquin est puissant, et donc il vous emporte ; j’en avais oublié que ses expériences de travail en usine ne sont pas toutes les expériences, et j’avais très envie de faire de ce livre une petite autorité. À plein d’égards c’est dangereux parce qu’on se fait avaler.

Ça reste une super lecture. Ça en agace quelques uns et quelques unes je crois.

Bon, mais du coup, la BD de Delisle m’a énervé. Notamment, je l’ai trouvée complaisante à l’égard des ouvriers : je trouve qu’il s’en moque trop souvent et trop facilement, qu’il les montre comme des gens plutôt médiocres et limités. Peut-être que c’est de cette façon que l’auteur a perçu le monde du travail quand il était plus jeune ( oui, ça s’appelle quand même Chroniques de jeunesse), mais moi du coup ma perception, c’est que j’étais en train de lire un livre de petit acteur de la culture avec le creux de ses mains mou, un livre qui s’inscrit au mieux dans la lignée de cette bourgeoisie de gauche toujours prête à parler aux gens du peuple comme à des enfants.

J’ai beaucoup plus aimé lire À la ligne. En le lisant je me suis dit que c’était du costaud, et que plusieurs de ces scènes de travail marqueraient ma mémoire. À contrario, je me souvenais avoir lu Chomâge Monstre il y a quelques mois, mais alors j’en avais tout oublié, au point que ça m’a fait très peur (Oh, je m’émeus d’un rien). Je l’ai relu et c’était une expérience très intéressante.

Peut-être que Chômage Monstre et la BD de Delisle tombent un peu dans un écueil : celui de vouloir être exhaustif : Chômage Monstre, comme titre, c’est pas Tartine Beurre par exemple. Ça m’énervait d’avance : j’y rentrais disposé à m’agacer de pas grand chose, à tiquer sur un rien, à tirer de très grandes conclusions très vite comme je sais bien le faire ; bon, c’est vrai que je pourrais trouver quelques reproches à faire au livre si je réfléchis bien (peut-être un peu décousu dans le style, par exemple), mais je pense vraiment qu’il est très bon.

Très bon parce que dès l’abord le contenu du livre se substitue à une promesse éditoriale, celle de « questionner la difficulté de quitter un travail, de s’ arracher à ce qui nous retient » (4e de couv’). Il s’en substitue par la liberté de ton et de forme des textes.

On prend de la distance. C’est comme ça qu’on sera peut-être exhaustif. J’avais envie de me fâcher de cette trahison à la cause des peuples unis du monde entier qui vivent dans les faits les faits les faits, j’avais envie d’y voir une littérature taillée pour les gens de salon pas atteints par grand-chose à part des pages blanches, à part la vague idée de peut-êtres lointains, mais je dois bien admettre qu’à plusieurs moments Chômage monstre m’a touché.

Exemple, Maintenant, p.29 :

« Il ne faut rien ramener chez soi d’autre que soi. Il faut peupler les nuits avec des pensées molles mais prégnantes. Il faut faire sa ruche solitaire sur la branche la plus fine. Ils ont l’œil. Il te reste l’image. ».

Boum !

Et puis juste après,

« nous aurions voulu démonter / le crépuscule morceau / de nuit par morceau d’étoiles / pour que l’aurore le traverse // mais il y avait tant de morceaux // comment comprendre le mécanisme / quand notre seul / désir est de / défaire ? » (p. 30).

Voilà, je viens de retrouver ça un peu au pif, et je trouve que c’est vraiment pas dégueu. J’ai trouvé dans ce recueil un peu de Michaux, un peu de Pennequin, et un peu plus encore de Ghérasim Luca, et je dois dire que c’était assez complémentaire à la lecture de Ponthus, même si très différent en somme.

Encore Mouton ? Encore :

« Il y eut un temps où celui qui me définissait m’insultait / mes protestations disaient toutes : je suis plus grand plus vaste que ce que tu peux penser de moi, je ne saurais être contenu dans une seule phrase, je suis un long récit, une épopée et il se peut que certaines pages en contredisent d’autres » (p.63)

Et aussi

« De vivre on se morcelle

et sur chaque morceau nous posons notre voix» (p.65)

Tout ça commence à faire un peu trop long, pour un premier article. Il me restait à parler de cette tension qui réside entre le concret et l’abstrait dans l’écriture, à plus forte raison quand on la voudrait engagée.

Ça fait plusieurs années que j’y réfléchis fort, mais je vais pas continuer à vous voler comme ça votre temps de cinq minutes en cinq minutes, alors je vous en parle une prochaine fois.

LUCIEN BRELOK

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s